Archives de catégorie : 3 – Gazette

Spéculations sur la mort d’un artiste – une lecture distrayante, passionnante et un tantinet dérangeante…

C’est à la fois un bon polar et une fantastique description de la dérive spéculative qui a frappé l’art contemporain ces dernières années .

Le pitch de l’éditeur : 

Dans ce nouvel opus, un détective privé enquête sur les mystères de la vie
et de la mort du célèbre artiste El Meskini.
Entre Paris, Marseille et une île de la Méditerranée, il est entraîné malgré lui dans
une histoire d’art, de soleil, d’oubli, de fric, de pouvoir, de violence et de mort.

 Issu du monde bancaire, Henri Bonetti a voulu tâter de la fiction en se conformant
aux règles de la collection « ArtNoir ». Après L’Odeur du ciel, fiction rêveuse
sur un peintre mort dans les années 1950, il a bâti un thriller moderne
autour d’un artiste plus contemporain.

Une citation qui me trouble en tant que peintre :

Dans un monde où il n’y  a plus de véritables critères de jugement artistique… dans le monde mouvant et sans repères des installations, des vidéos et des ready-made, les seuls critères de sélection sont théoriques, économiques ou biographiques. Théoriques dans la mesure où le discours sur l’art semble l’emporter sur l’art lui-même, économiques car on a désormais le sentiment que c’est la cote des artistes qui détermine leur qualité. 

Citations

La vie n’est pas une plaisanterie, et nous n’avons pas le droit de l’abandonner ainsi. C’est même irraisonnable de la mesurer suivant la durée du temps ; les mois qui nous restent à vivre sont peut-être plus importants que toutes les années vécues ; il faut bien les vivre. Tolstoi, 29 octobre 1910 lettre à sa femme Sonia qui avait tenté de se suicider

Ravel, Jean Echenoz, à propos des signatures, une page que j’adore

La plupart des autres constitent en stylisations plus ou moins heureuses et compliquées d’un patronyme, leurs auteurs s’en donnant à coeur joie comme s’ils voyaient là, pour une fois dans leur vie, une occasion enfin donnée de faire l’artiste. Le plus souvent dissuasives de tout espoir de lisibilité, elles consistent en interminables paraphes ornés de boucles, arabesques, spirales, allers-retours, virages en tout sens comme des patineurs sur glace ivres morts, relevés de mystérieux poins et traits à ce point sophistiqués qu’il est non seulement impossible de décrypter les noms qu’elles sont supposées incarner, mais parfois même d’établir dans quel sens elles ont été tracées, dans quel mouvement l’auteur a commencé sa petite oeuvre pour la mener à son terme.

Définition de l’art contemporain par Jean de Loisy, président du palais de Tokyo

… une discipline de l’activité créative qui dialogue avec les maîtres de tous les temps, ajoutant aux langages de l’histoire celui qui doit être unique et radicalement neuf, de son auteur. Autrement dit une parole comme prononcée pour la première fois, qui s’ajoute à toutes les intonations précédentes. Et simultanément une exploration au delà des mots et de tout ce que l’on peut imaginer de façon consciente pour révéler une partie plus mystérieuse du monde et plus obscure de nous-mêmes…

Fighting death with rags…. Lutter contre la mort avec des chiffons….

I began incorporating textile in my paintings a few years ago. I began wth lace.
And then, because I hate to see my clothes wearing out and keep my favorite rags, I finally also incorporated bits of my worn out clothes.
I learned that Louise Bourgeois used to do the same thing…

A derisory weapon to fight aging, death….

J’ai commencé à incorporer du textile dans mes tableaux il y a quelques années.  J’ai commencé par la dentelle.
Et puis, parce que je déteste que mes vêtements s’usent et que je garde mes loques favorites, j’ai fini par incorporer aussi des morceaux de mes habits usés.
J’ai appris que Louise Bourgeois faisait la même chose…

Un dérisoire moyen de lutter contre le vieillissement, la mort….

Art, that great troublemaker, the striking parallel between degenerate Art and advanced American art

This is a documentary made in 1993 by David Grugin about the exhibibion of what they considered to be the most disgusting, grotesque and  pathetic examples of  ‘Entartete Kunst’ or ‘Degenerate Art’.
It emphasizes 2 things : Art is a great troublemaker and true artists see far beyond the present and surface of things.
And it reveals a lot about Hitler’s psyche. A subject always skipped as if Hitler having reached the summum of inhumanity was no more a person.
It shows also much about the atmosphere of those times.
It’s one of the best documentary I have ever seen.

After having seen that, I recently read of an exhibition taken place in the Georgia Museum of Art : Art Interrupted.
In 1946, J. LeRoy Davidson at the U.S. State Department put together a traveling exhibition of contemporary American paintings known as Advancing American Art. Intended to foster goodwill among the United States, Europe and Latin America, the exhibition demonstrated the power of democracy to foster great art, but the result was not what the organizers had hoped. Provoked by the press, members of the U.S. Congress and President Harry Truman deemed the art in the show un-American. By 1948, the works had been auctioned off to buyers across the nation, Davidson forced to resign, his position abolished and the entire project a laughingstock in the media.
“Art Interrupted” reunites nearly all of the paintings Davidson purchased,
ai O. Louis Guglielmi, Subway exit, 1946

I’m not a self-taught artist but an artist taught à la Courbet – Je ne suis pas un artiste autodidacte, mais un artiste formé à la Courbet

DSC_0224bis » I can not teach my art, or the art of any school , since I deny the teaching of art, or that I claim , in other words, that art is individual and is for each artist , the talent resulting from his own inspiration and his own studies of tradition ….
I can just … explain the method by which , in my opinion , one becomes a painter … leaving everyone the whole control of his individuality, full freedom of his own expression in the application of this method « 
Extract from the speech of  Gustave Courbet to the painters he welcomed in the art workshop he hosted .


I was lucky when I started to paint, a little more than 20 years ago, to receive the instruction from such a master, a she master, I should say . Then foor a few months I was under the guidance of a master of the same quality and, for another few months , under the guidance of an enlightened she master.
Then I came across a she donkey who boasted to teach and I flew workshops .
Museums, exhibitions, books, documentaries, I continued my own art studies following my road. Winding indeed  but fruitful for me.
I seized the opportunity to interact with other designers but warily. I often  crossed perfidy.
Perfidy  on top of grief led me into the long tunnel from which I have just come out .

I wanted to paint my first « master » but for now, I have only painted her doll.  Perfidy occupies a prominent place in the raven that I’m painting, the green raven.

IMAG0677« Je ne puis pas enseigner mon art, ni l’art d’une école  quelconque, puisque je nie l’enseignement de l’art, ou que je prétends, en d’autres termes, que l’art est tout individuel,  et n’est pour chaque artiste, que le talent résultant de sa propre inspiration et de ses propres études sur la tradition….
Je ne puis qu’expliquer … la méthode par laquelle, selon moi, on devient peintre… laissant à chacun l’entière direction de son individualité, la pleine liberté de son expression propre dans l’application de cette méthode « 
Extrait du discours de Gustave Courbet aux peintres qu’il accueillait dans l’atelier d’art qu’il animait.

J’ai eu la chance lorsque j’ai commencé à peindre, il y a un peu plus de 20 ans, de recevoir l’enseignement d’un tel maître, enfin une maître, devrais-je dire.  Ensuite, j’ai fréquenté quelques mois l’atelier animé par un maître de la même qualité et, quelques mois encore, une maître éclairée.
Puis, je suis tombée sur une ânesse qui prétendait enseigner et j’ai fui les ateliers.
Musées, expositions, livres, documentaires, j’ai poursuivi mes propres études d’art selon un chemin sinueux certes, mais fécond pour moi.
Je saisis les occasions d’échanger avec d’autres créateurs mais  avec méfiance. J’ai trop souvent croisé la perfidie.
C’est la perfidie couplée au chagrin qui  m’a fait entrer dans le long tunnel dont je viens à peine de sortir.

J’ai voulu peindre ma première « maître » mais pour le moment, je n’ai peint que sa poupée.
La perfidie occupe une place importante dans le corbeau que je suis en train de peindre, le corbeau vert.

 

Mort ? Pas encore. Dead ? not yet .

This is the tomb of Philippe Girard who plans to be dead in 2046. It is the best illustration I found to pay a one day late tribute to Cézanne born January 19, 1839.

Valotton said of Cézanne that he was the Sisyphe of painters. Climbing a mountain with each new canvas, never relying on a know-how. Each new brushstroke a fresh question! An example.

Voici la tombe de Philippe Girard qui prévoit de mourir en 2046. C’est la meilleure illustration que j’ai trouvée pour rendre hommage à Cézanne, né le 19 janvier 1839.

Valotton a dit de Cézanne qu’il était le Sisyphe des peintres. Escaladant une montagne à chaque nouvelle toile, ne se reposant jamais sur un savoir-faire. Chaque nouveau coup de pinceau, une question neuve. Un exemple.

DSC_0963