Archives de catégorie : 3 – Gazette

La grand-maman et le tracteur

J’ai un cousin qui, enfant, se passionnait pour les vitesses et masses des animaux et des véhicules. Il ne cessait de poser des questions à ce sujet, comparant les mouches et les éléphants, les hydravions et les papillons, les sauterelles et les bicyclettes.
Un jour, inspiré encore plus que de coutume, il demanda :
« Est-ce que la grand-maman court plus vite qu’un tracteur ? »

Ce qui provoqua la fureur du grand-papa qui vociféra :
– Mais qu’est-ce qu’il est con ce môme !

Ce n’est pas que mon grand-père ait été outragé que l’enfant parle ainsi de sa femme. Non, il était juste courroucé que l’enfant soit trop déconnecté et n’ait pas perçu que la grand-maman,  de sa vie,  n’avait jamais courru !

La petite soeur de Dorian Gray

Elle marche d’un pas court, vif et net. Elle se tient droite Elle est petite et menue. Elle porte une tenue très particulière, des bottines lacées, une jupe à tout petits plis beige, une cape dans le même tissu décorée de perles de bois et de petites franges, une ceinture très serrée, une camisole, des pendants d’oreille. Les cheveux tirés à en faire mal et nattés. Un maquillage de poupée russe. Tous les jours et par tous les temps.

Depuis plus de huit ans que je la croise dans la rue, pas une fois je ne l’ai vue habillée, coiffée ou maquillée différemment. Elle n’est plus une jeune femme mais pas encore une femme mûre. Elle ne peut pas mûrir. Le temps qu’il fait et le temps qui passe ne semblent pas avoir de prise sur elle.

La petite soeur de Dorian Gray habite dans mon quartier.

Quand la réalité dépasse la fiction, une scène de mon polar et un article du Monde

Dans le polar que je viens de publier, Si la musique est la nourriture de l’amour, il y a une scène de concert. Rien d’étonnant pour une enquête sur un orchestre symphonique. Il y a aussi cette phrase à propos des spectateurs : « Parmi ceux qui péroraient avec assurance et emphase, bien peu semblaient réellement goûter le musique »

Je ne pensais pas que Le Monde illustrerait mon propos, mais si, c’est fait !

dormir

Les 7 vies du lapin, enfin le nabaztag a trouvé une utilité, il fait nain de jardin

balancelle et nabaztagIl y a quelques mois, pendant que mon chéri s’efforçait d’exterminer les poux qui s’étaient embusqués tout l’été dans l’école pour sauter sur la tête de mon petit dès le premier jour de la rentrée, un de mes copains a  sauvé les nabaztag (plus ou moins d’ailleurs, je ne les sens pas très actifs, les animaux aux grandes oreilles !).

Pour une fois, ma sympathie allait  plus au chasseur qu’au lapin.

Parce que le nabaztag, je lui dois un bide très décevant et une bonne couche de ridicule.

Noël 2005, j’étais immensément fière du cadeau trouvé pour mon chéri grand amateur de technologie, un lapin électronique. Il l’a à peine regardé et, j’ai été sauvée du bide absolu et de la rancune maritale par une vieille affiche en métal que j’avais eu la chance de dénicher quelques jours avant et pas la patience de garder pour lui offrir plus tard.

Il faut dire que ce lapin était crétin avant l’heure. Lorsque mon chéri a essayé de le paramétrer après l’avoir regardé d’un oeil torve pendant plus de 24 heures, il a obtenu la réponse « numéro de série déjà  attribué ». Ce qui lui a fait dire que j’avais acheté son cadeau d’occasion !

Pendant que le père dédaignait son nabaztag , Le schmurck numéro 2 qui avait lui aussi reçu un compagnon électronique à noël apprivoisait son furby.

L’animal n’a jamais rien fait d’autre que tourner les oreilles en clignotant joliment.  J’aurais pu me satisfaire qu’il ne puisse servir que de décoration de noël si je ne l’avais pas payé si cher. J’ai donc entrepris une opération dépannage. Après plusieurs échanges de mail et appels téléphoniques, j’ai appris que mon bestiau avait un alzheimer aussi précoce qu’avancé. Une seule solution : le ramener chez le fabricant et lui changer une partie du cerveau.  J’ai décidé de ne pas perdre mon temps en plus de mes sous et la bête est allée directement de sous le sapin de noël au grenier.

Quelques temps plus tard, j’ai tenté de le recycler dans mon activité de rimailleuse du dimanche, mais je n’ai pas trouvé d’autres rimes à nabaztag que gag !

Mais depuis quelques semaines, il a enfin trouvé une fonction qu’il remplit avec satisfaction, il fait nain de jardin. Et depuis qu’il tient compagnie à la balancelle dont je rêve depuis des années, il a franchement belle allure !

C’est un peu, beaucoup des rêves de ma jeunesse qui dorment en prison ce soir avec DSK

Nous avions 20 ans, nous étions étudiants à Hec et nous avions Dominique Strauss-Kahn comme professeur. Nous nous chuchotions qu’un jour, si comme nous le rêvions sans trop y croire, le Ps accédait au pouvoir, il serait un des dirigeants de notre pays. Ca nous épatait ces quelques professeurs qui comme nous étaient de gauche dans une maison où ce n’était pas franchement la ligne et nous les révérions.

Puis quelques années à peine plus tard, un soir de mai, j’ai voté à la campagne. Dans mon village, parmi les jeunes qui attendaient les résultats, nous n’étions que deux à espérer ce qui s’est passé. Alors vers 21 heures, nous sommes partis tous les deux en voiture. 270 km plus loin, Paris. Nous sommes arrivés porte d’Italie, nous avons garé la voiture et nous avons marché dans les rues en chantant, criant et dansant de joie jusqu’à la Bastille où nous avons fait, comme tant d’autres, la fête toute la nuit.

DSK est devenu ministre et la suite tout le monde la connait.

Même si le flambeau était sacrément terni et mes rêves bien plus modestes, je pensais qu’il allait le porter et leur donner un peu de vie et que, dans quelques mois ….

Là, ce soir, je me sens sacrément vieille.

Mais peut-être que ce n’est pas vrai. Juste un cauchemar et dans quelques jours il sera innocenté.

Ps : lorsque j’ai écrit à M Strauss-Kahn qui s’est écrasé sans vraiment combattre devant Ségolène Royal qu’il manquait de couilles, je ne faisais pas allusion à l’utilisation qu’il est accusé d’en avoir fait !

Pas la peine de voyager, les papous sont chez nous

Nous avons eu nos derniers enfants tard. Pierre et François abordent les rives de l’adolescence alors que leur père vient de passer le cap de la soixantaine et moi celui de la cinquantaine.

Alors que nos occupations nous permettraient de nous offrir des échappées, nous sommes rivés à Paris pour cause de collège où il faut aller tous les jours.

Certains de nos amis voyagent, s’offrent des escapades prolongées dans leur maison de campagne, nous ne pouvons pas.

Mais, nous avons constatés qu’avec l’évolution culturelle fulgurante des 30 dernières années -le premier micro-ordinateur vraiment portable date de 1981 – et la révolution numérique, nous avons l’occasion de faire de l’ethnologie en restant à domicile.

Un pré-ado ou un ado digital native ça ressemble à un enfant d’avant par la difficulté de manipulation (un coup, ça vous pète au nez, un coup ça s’effondre) mais c’est à peu près tout.

Tous les référents culturels, tous les codes ont changé.

Alors, pas la peine de voyager, les papous sont chez nous !

Ps : les poux aussi sont souvent là, mais pas en ce moment.

La femme qui attendait la pluie…

Ancolies bonnets de grand-mèreJe me suis lancée dans de grandes aventures jardinières cette année, mais le temps joue contre moi, le temps qu’il fait et à force de temps qu’il fait et qui ne va pas, le temps qui passe !

Au lieu de pouvoir repiquer, diviser et replanter, je cache à l’ombre, j’arrose, je protège.

Alors ce matin, quel plaisir d’être réveillée par la pluie. Je l’ai trouvé bien joli ce bruit. Mais bien éphémère aussi. Elle a filé à peine venue et j’ai encore du arroser  sinon mes petits bonnets de grand-mère ne seraient pas juste fripés, mais tout desséchés !

La nuit blanche et le bête de truc

nuit blancheVendredi soir, nous sommes arrivés un peu tard à la campagne. Pierre avait emmené un ami. C’était le premier soir des vacances de Pâques. Les enfants étaient excités et nous fatigués. Nous sommes allés nous coucher avant eux.

Le lendemain, je me suis levée à 8 heures et j’ai trouvé François endormi dans un fauteuil sous la véranda. Il a changé plusieurs fois de position tout en continuant de dormir. J’ai essayé de comprendre ce qu’il faisait là. Autant parler à une bûche.

Lorsque son père s’est levé. Il m’a dit « c’est curieux, je suis passé à 7 heures et il n’était pas là ».

L’enfant a fini par ouvrir un oeil et nous l’avons renvoyé se coucher.

J’ai fini par aller le réveiller à l’heure du goûter et j’ai obtenu l’explication. Un défi : faire une nuit blanche. Un seul vainqueur, le plus jeune qui est tombé endormi dans le fauteuilt sur le chemin entre la salle de jeux des enfants et sa chambrel. Et il a précisé avec sérieux :

– Et ils ont eu tort parce que moi, ce matin, j’ai vu un bête de truc !

– T’as vu quoi ?

– Tous les oiseaux se sont mis à chanter. Et puis le ciel qui était noir est devenu clair mais pas d’un seul coup.

Un petit prince qui fait de jolis rêves après avoir admiré sa première aurore

sommeil

Et parce que oui, l’aube, c’est beau :

Le noir transpercé
Puis le rose terrassant le gris
Belle clameur de l’aube

Black stabbed by the light
And pink triumphing over grey
Great clamor of dawn

Aube rose sur le Léman

 

Femmes peintres françaises, la résurgence de la descente d’organe !

Je me souviens de mon père décrivant le nez pincé les conversations de certaines femmes : règles difficiles, douleurs de l’accouchement, retour d’âge et, cerise sur le gâteau, descente d’organes. La condition féminine a évolué et la place faite aux  misères féminines dans les petits piapias a fort diminué.

Mais vendredi dernier, alors que j’assistais à un vernissage et que je me demandais l’intérêt d’élucubrer avec, il est vrai, une certaine agilité de trait, autour de l’appareil génital féminin vu comme une machinerie de fonctionnement complexe et pas franchement jouissif, j’ai eu un éclair de génie. Bon sang, mais c’est bien sûr, c’est la résurgence de la descente d’organes de nos grand-mères. La pilule, la péridurale et les progrès de la médecine nous ont privées de ces expériences gore. Manifestement, ça a créé un vide qu’une cohorte de peintres au féminin s’efforcent de combler !

Mais c’est sans doute la rancune qui me rend médisante. Il faut dire que j’ai eu l’impression d’être un pique-assiette à ce vernissage auquel pourtant j’avais été invitée. Je suis entrée, j’ai dit bonjour. Personne ne m’a répondu. J’aurais du me méfier. Les présents avaient des verres, on ne m’a rien offert. Je ne me suis pas sauvée car, il y avait perdu au milieu du fatras, un tableau que j’aimais beaucoup.  L’assistante a bien voulu me prêter la liste des oeuvre s exposées et j’ai tout regardé puis je me suis plongée quelques instants dans les ouvrages sur le peintre dont le travail m’intéressait. D’autres personnes sont entrées. Le propriétaire de la galerie leur a offert à boire et là, je me suis souvenue que je n’étais pas une serpillière et je suis partie en disant au-revoir.

Ma mère me disait souvent : « tu auras toujours l’air d’une camp-volante ». Ca doit être ça. Même habillée proprement avec des vêtements de bonne qualité, çà ressort ! Ils ont du penser que j’avais volé mon invitation…

Et hop, moi aussi, je fais dans le sujet bien féminin : une pieta un peu particulière, la vierge à l’enfant qui tombe.

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Mais enfin, vous c’est toi !

Rendez-vous avec la principale adjointe en charge des quatrièmes pour faire le point avec Pierre.

Après coup, petit débrief pour voir si notre fils a bien compris les messages essentiels. Il semble avoir moyennement capté. Nous lui posons une petite question incidente.

– Il y a d’autres personnes qui vous vouvoient dans le collège ?
– Personne ne nous vouvoie !
– Ben si, la principale adjointe t’a vouvoyé !
– Parce que quand elle disait vous c’est de moi qu’elle parlait ?